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27 décembre 2011 2 27 /12 /décembre /2011 08:34

Corinne - grande originalité - a passé une partie des fêtes de Noël à l'hôpital ... elle nous livre ce texte, au détour d'une insomnie, avec ses mots toujours justes. Nous sommes avec toi Corinne, énormes bisous.

 

"Il y a des  grands patrons qui sont avant tout des grands hommes ...

 

Aujourd'hui, la visite du grand patron, le moment que je redoute le plus, celui où en 1 seconde, 10 personnes envahissent votre chambre, vous encerclent et vous regardent de haut - logique, ils sont tous debouts et vous êtes tout seul au milieu couché dans votre lit -, et se mettent à parler de vous à la 3ème personne et à raconter 20 ans de votre maladie comme s'ils  énumeraient des faits impersonnels alors même que vous êtes toujours dans la pièce et que c'est de votre vie qu'on est en train de parler.

 

Et puis tout d'un coup le grand patron s'adresse à vous pour vous affirmer où vous avez mal, comment çà se passe en général - non pas dans votre cas mais bien dans le cas général - et comment on va procéder. Il vous demande de vous déshabiller pour vous ausculter et vous vous retrouvez en slip, dans le meilleur des cas, devant 10 personnes dont vous imaginez qu'elles scrutent chacun des défauts de votre corps.

 

Vous n'étiez déjà pas à l'aise mais là le malaise est à son maximum.

 

Vous ne vous sentiez dejà plus tout à fait une personne mais là vous savez que vous n'êtes plus qu'un corps.

 

Après l'auscultation, le grand patron s'adresse à son équipe pour expliquer le diagnostic et le traitement, dans un langage pour initiés, histoire de bien vous faire sentir la différence de niveau entre vous, le malade et eux, les sachants, et de vous montrer que le fossé qui vous sépare de toutes ces personnes en blouse blanche n'est pas près d'être franchi.

 

Puis il se lève et part, vous lançant un vague au-revoir alors même qu'il vous a déjà tourné le dos et toute sa clique le suit sans mot dire. D'ailleurs à part lui, personne n'a dit un mot.

 

Et en 2 secondes, tout le monde est sorti, vous êtes toujours sur votre lit, en slip, les bras croisés sur la poitrine pour mettre votre corps le plus possible à l'abri du regard de tous ces gens que vous ne connaissez pas, et bien sur vous n'avez toujours pas ouvert la bouche sauf pour murmurer un vague oui, confirmant un propos du grand patron, car dans cette position, couché à moitié nu devant plus de 10 personnes, il ne vous serait pas venu à l'esprit de poser la moindre question, de contredire quelque propos que ce soit ou de corriger la narration monocorde de votre dossier alors même que c'est 20 ans de votre vie qu'on vient de résumer et que vous êtes quand même le mieux placé pour en connaître les moindres détails.

 

Alors ce matin quand le grand patron est entré, je me suis assise en tailleur sur mon lit, j'ai entouré mes jambes de mes bras, et caché comme je pouvais une partie de mon visage, complètement déformé et défiguré qui me fait tellement honte. Histoire de me donner une contenance !

 

Et là surprise, on frappe à la porte, je dis un "oui" un peu tremblant.

 

Le grand patron entre dans la chambre, me dit un bonjour franc et cordial, me serre la main vigoureusement, et me demande si je suis disponible maintenant pour la visite.

 

Et me voilà qui murmure lamentablement un tout petit "oui bien sur". Comment pourrait-il en etre autrement ?

 

Puis ce dernier me présente l'équipe qui l' accompagne, avec un petit mot pour chacun même pour l'externe.

 

Et là, contre toute attente, il me demande comment s'est déroulé mon réveillon de Noël avec mes enfants, réveillon que j'ai pu partager avec eux pendant quelques heures entre 2 perfusions grâce à une permission qu'il m'avait autorisée.Enfin il me demande comment je me sens et comment s'est passée la nuit. 


Il me propose alors de raconter ce qui s'est passé pour que j'en arrive à l'hospitalisation. J'explique dans les grandes lignes mon parcours médical puis ce qui m'a précisément amenée a etre hospitalisée.Je ne suis Jamais interrompue si ce n'est pour me demander une précision et je ne ressens aucune impatience de la part de l'équipe.

 

Je me rends même compte que je m'adresse certes au grand Professeur mais également aux autres personnes présentes, qui marquent un intérêt certain pour mon dossier mais aussi pour moi, me semble-t-il.

 

Là le grand patron me demande s'il peut m'ausculter et propose que nous commencions par le haut du corps et que je puisse me rhabiller avant d'enchaîner sur le bas. Un moyen simple de ne pas me retrouver nue devant 10 personnes, que ma pudeur apprécie au plus haut point ...

 

Il pose alors son diagnostic et me l'explique en termes clairs. Il me demande si j'ai des questions à poser me mettant à l'aise de telle sorte que je vais oser demander pourquoi j'ai développé cette nouvelle pathologie. La réponse sera claire, dans un langage parfaitement compréhensible et satisfaisante.

 

Enfin il me propose un traitement, m'explique son mode d'action et ce qu'il en attend dans mon cas particulier, sans oublier de me faire part des principaux effets secondaires reconnus et de ceux que je pourrais, selon lui, développer dans mon cas particulier.

 

Et là, il me demande si la mise en place de ce traitement me convient et si j'ai des questions à poser.

 

Nous décidons ensemble du traitement, de sa posologie, de sa durée, j'ai l'impression enfin d'avoir mon mot à dire, la décision est partagée, nous somme sortis de ce rapport de maître à élève, nous sommes deux personnes qui avons échangé et partagé, l'une son savoir technique, l'autre la connaissance de son corps et de son ressenti.

 

Et à la fin de cette consultation, j'ai l'impression de tenir les rennes et çà change tout !

 

Alors merci Professeur pour cette magnifique leçon d'humanité, sachant que bien au-delà de vous et moi,  cela signifie que ceux que vous formez retiendront qu'un malade est avant tout une personne !"

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Published by amis de l'afa et des mici - dans actualité des MICI
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commentaires

ferdin 04/04/2012 20:21


venez nous retrouver sur mon site 


aidons nous les uns les autres

Sophie 27/12/2011 12:35


Comme je te l'ai dit hier matin sur facebook : tu fais partie des femmes exceptionnelles, avec un coeur énorme.........


Continue ton combat Corinne, je suis de tout coeur avec toi. Je te souhaite des jours meilleurs...


Mes pensées sont pour toi :)


Prends soin de toi et reviens vite, enfin dès que tu le pourras !


Biz,


Sophie

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