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1 février 2013 5 01 /02 /février /2013 09:33

Lu sur Gastroscoop la newsletter de la SNFGE (société nationale française de gastro-entérologie), cette étude essentielle sur les conflits d’intérêts largement commentés (souvent de très mauvaise foi) par une certaine presse ces dernières années. Nous préférons parler de liens d’intérêts, qui ne sont pas nécessairement et systématiquement contre les intérêts de la science ... et des patients. La loi Bertrand, en cours d’écriture de décret d’application, veut limiter ces « conflits » tout en constatant que les meilleurs spécialistes sont sollicités par tout le monde ... si au moins on les rend transparents ! AMM

 

De nombreux essais cliniques thérapeutiques sont soutenus ou réalisés par l'industrie pharmaceutique. Cette participation induit-elle une modification de la perception des résultats par les praticiens, même si la norme est désormais d'annoncer les "conflits d'intérêts"? Bien que cet affichage reste encore imparfait dans 20 à 50 % des cas (1). Ce soutien a également une incidence sur l'impact factor d'une revue ainsi que sur son chiffre d'affaire; ce qui devrait être également annoncé.

Dans cette étude, les auteurs ont rédigés des articles scientifiques portant sur un traitement "fantôme" ciblé respectivement sur le diabète, l'angor et l'hypercholestérolémie. Chaque article comportait un abstract avec une description du schéma de l'essai et de la méthodologie, ainsi que du financement. Chaque traitement étudié était décliné selon deux critères, et 3 niveaux par critère : le financement (aucun, le NHI et l'industrie pharmaceutique); la rigueur méthodologique (haute, moyenne et faible). On obtenait ainsi par combinaison 9 articles différents pour le même traitement soit pour les 3 pathologies 27 articles différents (3x3x3). Le soutien pharmaceutique, quand cela était évoqué, était attribué à une firme de façon aléatoire parmi les 10 plus grands laboratoires mondiaux. Les critères de niveau scientifique étaient standardisés (allant de l'étude portant sur un groupe représentatif étudié en double aveugle sur un grand échantillon à de petites études ouvertes de suivi court). Ces "abstracts" ont été adressés à un échantillon représentatif de membres actifs de l'American Board of Internal Medecine, et moyennant un défraiement de 50 USD, les participants devaient en faire une lecture critique; ceux-ci leur était adressé de façon à ce que les 3 possibilités concernant les conflits de financement et le niveau de rigueur méthodologique soient représentées. Les questions adressées étaient identiques pour les 3 abstracts et des réponses basées sur une échelle de Likert.

 

Sur les 503 praticiens, 53.5% participèrent; le profil des répondeurs et des non répondeurs était identique. Les 3/4 des répondeurs avaient déjà reçu un soutien de l'industrie. Sur une échelle de 1 à 7,  les répondeurs estimaient que le soutien de l'industrie pouvait influencer le résultat d'un essai (5.4 – (CI) 4.0 à 6.9).

 

Globalement les praticiens ont bien identifiés la rigueur méthodologique des essais; ils sont ainsi moins enclins à prescrire un médicament soutenu par un essai à faible niveau de preuve (0.64, p=0.008) qu'un médicament validé par un essai à fort niveau de preuve (3.07, p<0.001). Le fait que l'étude soit soutenue par l'industrie a un impact négatif en dégradant la perception de la rigueur et du résultat, par rapport aux essais sans soutien déclaré (OR 0.71) et a également un impact négatif sur l'éventualité d'une prescription (OR 0.68). Les essais soutenus par le NHI ont une perception identique à celle des essais "indépendants". L'impact négatif du soutien industriel est identique dans les 3 niveaux de rigueur des abstracts. Enfin, les praticiens qui sont les plus réservés vis à vis du soutien industriel sont aussi ceux qui sont les moins enclins à prescrire le nouveau médicament (OR 0.58); de même cette distinction se retrouve entre les praticiens formés aux USA et ceux formés hors USA. 

 

Commentaires du Dr  Philippe Godeberge : Au total, chez des praticiens qui au plan méthodologique sont bien capables d'évaluer la rigueur scientifique d'un abstract, il existe un scepticisme certain en cas de soutien de l'essai par un industriel de la pharmacie. Cela diminue à leurs yeux la crédibilité des résultats dans une proportion identique pour les essais sans soutien et ceux soutenu par le NIH ou qu'il s'agisse d'un essai de rigueur faible ou élevée. Certes il existe des manquements aux bonnes pratiques dans la littérature, mais à l'inverse, ce scepticisme peut être considéré comme excessif, surtout que de nombreux essais majeurs pour des médicaments importants ne peuvent voir le jour actuellement qu'avec le support de l'industrie. Il y a donc des leçons à tirer pour les deux parties à partir de cet article. Les industriels doivent savoir que l'exploitation des résultats des études n'aura de crédibilité que pour des essais méthodologiquement irréprochables, ce que les praticiens savent repérer. A l'inverse, la publicité nécessaire fait autour des conflits d'intérêts a abouti à un scepticisme grandissant (excessif?) vis à vis des publications soutenues par les industriels. Le processus de lutte contre les mauvaises pratiques doit donc continuer à évoluer: partenariat entre les instances publiques et les industriels, publication des conflits d'intérêt, promotion d'essai rigoureux, respect tout au long de l'essai du protocole initial, transparence des données et du protocole, relecture indépendante des données, et qualité de la formation initiale puisque le lieu de la formation semble aussi intervenir.

 

 

http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22992075?dopt=Citation

 

1. Okike K, Kocher MS, Wei EX, Mehlman CT, Bhandari M. Accuracy of conflict-of-interest disclosures reported by physicians. In: N Engl J Med. United States; 2009. p. 1466-74. 

Référence

 

Titre :

A randomized study of how physicians interpret research funding disclosures.

Auteurs :

Kesselheim AS, Robertson CT, Myers JA, Rose SL, Gillet V, Ross KM, et al

Source :

N Engl J Med

Ref. biblio. :

N Engl J Med;367(12):1119-27

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Published by amis de l'afa et des mici - dans santé
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